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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 12:04
Considérée comme l'arrière-cour des pays qui donnent le ton au sein de l'Union européenne, la Grèce va devoir brader son patrimoine national (ici 14 de ses aéroports) afin de satisfaire les exigences de ses créanciers. Graphique : Magazine politique "MONITOR" de la 1ère chaîne télévisée publique allemande

Considérée comme l'arrière-cour des pays qui donnent le ton au sein de l'Union européenne, la Grèce va devoir brader son patrimoine national (ici 14 de ses aéroports) afin de satisfaire les exigences de ses créanciers. Graphique : Magazine politique "MONITOR" de la 1ère chaîne télévisée publique allemande

 

La crise financière grecque est révélatrice du fonctionnement ordo-libéral de l'Union européenne et de la cassure qui existe entre les pays qui profitent ou subissent cette doctrine socio-économique venue d'outre-Rhin il y a 70 années. Les vagues de privatisations de bien publics qu'imposent les tenants de cette orthodoxie sont humiliantes pour des pays qui sont au bord du gouffre comme la Grèce, mais pourraient également se révéler redoutables pour d'autres membres de l'Union qui sont économiquement affaiblis et/ou fortement endettés.

           

                                                  

                                                                                      Par Sirius                                                                                                                        notre envoyé spécial à Berlin

 

 

Nous évoquions dans nos précédents articles les causes de la situation financière grecque qui sont à rapprocher du fait que Berlin à accru son avantage compétitif par rapport aux autres membres de l'UE en amputant sa propre demande intérieure et en comprimant les salaires afin de dégager des surplus financiers qui lui permirent de devenir le principal prêteur de capitaux et fournisseur de biens de consommation en Europe. L'énorme endettement de la Grèce n'offrant désormais plus la possibilité de pouvoir continuer à exporter vers ce pays sans encourir le risque de défauts de paiements, l'ordolibéralisme allemand, appuyé par les États conservateurs de l'Eurogroupe, escompte qu'une vague de privatisations d'entreprises étatisées grecques soulagera Athènes d'une partie de sa dette souveraine et relancera les exportations de biens "Made in Germany" vers ce pays. Au-delà de cette espérance, la possibilité d'acquérir à vil prix des pans entiers de l'économie hellénique fait aussi partie du calcul des tenants de cette orthodoxie.  

 

 

Riche de son insolente santé économique ainsi que du gigantesque et constant excédent de sa balance commerciale qui a atteint 217 milliards d'euros en 2014, l'Allemagne fait partie du cercle très restreint des pays susceptibles de se porter candidats à des rachats massifs du secteur étatique grec. Nos voisins d'outre-Rhin possèdent en la matière une inégalable expérience, acquise lors des privatisations d'une multitude de grandes entreprises et infrastructures effectuées sous le regard ébahi des anciens dirigeants de la RDA. On se souvient que le démembrement des entreprises d'État de ce défunt pays tendait à effacer au plus vite tout souvenir du passé historique Est-allemand, tout en visant à simultanément démonter la supériorité ainsi que l'irréversibilité de l'idéologie ordo-libérale sur laquelle repose le capitalisme rhénan. Nombreuses furent les entreprises ouest-allemandes, mais aussi parfois étrangères, qui parvinrent à récupérer ainsi à bas prix les fleurons de la chimie, de l'optique, de la construction navale, ainsi que des mines ou encore de l'énergie fossile de l'ancienne RDA. Ces privatisations  accomplies, les accusations de distorsions concurrentielles émises par le monde entrepreneurial européen fusèrent de toutes parts.  

 

 

C'est en escomptant pouvoir réitérer ce scénario d'acquisitions effectuées à bon compte que les créanciers allemands, principaux bailleurs de fonds du gouvernement grec par l'entremise de la BCE qui a recapitalisé les banques privées prêteuses afin de contourner le problème des pertes essuyées par celles-ci suite aux défauts de remboursements d'Athènes, que le Ministère allemand des Finances appuie la privatisation quasi généralisée des biens publics grecs. Ce processus a débuté par la vente aux enchères du port du Pirée aux Chinois courant 2014, puis par celle de 14 des aéroports aux bilans bénéficiaires qui devaient être vendus à la fin de l'année dernière pour la somme de 1,2 milliards d'euros à la société qui gère l'aéroport de Francfort (Fraport) et qui, paradoxalement, est majoritairement détenue par des capitaux publics allemands.  

 

 

Élu confortablement début 2015, le nouveau gouvernement de gauche mené par Alexis Tsipras gèle depuis son arrivée au pouvoir le bradage des biens publics grecs et cherche à renégocier les contrats de privatisations avalisés par l'équipe précédente. Estimant que ces privatisations doivent avant tout "servir l'intérêt général", Alekos Flambouraris, ministre d'État à la coordination gouvernementale, s'exprime sans ambage sur le processus en cours : "Dans cette privatisation l'État grec doit vendre 14 aéroports qui dégagent des profits et conserverait les 30 autres qui perdent de l'argent et sont donc tributaires des subventions. Ceci est un modèle qui n'a été utilisé nulle part ailleurs en Europe et colle mieux au statut d'une colonie qu'à celui d'un pays membre de l'UE", objecte-t-il.

 

 

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