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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 10:04

 

 

SOCIÉTÉ - En direct de Berlin par Sirius

 

Krieg den Armut

                                                          "Combattre la pauvreté  et non les pauvres"  

          est le slogan dont s'empare le monde syndical et associatif dans l'Allemagne d'aujourd'hui.

 

Rien ne va plus sur le plan socio-économique dans l'Allemagne de ce début de millénaire où 10% des citoyens les plus aisés du pays empochent une moyenne de 57 300 euros l'an, alors que les 10% des plus pauvres doivent se contenter d'un revenu annuel médian de 7 400 euros. Le ratio entre ces deux extrêmes est donc aujourd'hui de 1/8, alors qu'il n'était encore que de 1/6 au début des années 90.

 

L'Allemagne, tant vantée par l'avocat des riches que fut M. Sarkozy, a abandonné la place du podium social mondial qu'elle partageait depuis des décennies avec les pays scandinaves. Elle a remis brutalement en cause la redistribution jusqu'alors savamment équilibrée des richesses économiques du pays. Ce démontage social et salarial a débuté sous le patronnage du chancelier social-démocrate Schröder, pour se poursuivre sous l'actuelle chancelière conservatrice Merkel.

 

Le pays compte désormais 12,6 millions de pauvres qui doivent subvenir à leurs besoins avec un revenu mensuel inférieur de plus de 60% au revenu médian, soit moins de 940 euros mensuels, ce qui est une somme dérisoire pour un pays où le coût de la vie est l'un des plus élevés d'Europe. Le revenu minimum octroyé aux chômeurs de longue durée est, avec 364 euros mensuels (allocations logement et chauffage non incluses), un des plus bas d'Europe. De ce fait, pour le seul Land de Berlin, plus de 32 000 citoyens(nes) ont déposé des recours devant les juridictions sociales locales afin de contester l'inadéquation du montant de ce transfert social avec le coût de la vie.

 

Poubelle 1

        Retraites, allocations chômage et petits salaires ne permettent plus de vivre normalement...

 

Le problème de la réduction du pouvoir d'achat de l'immense majorité des Allemands contraint ces derniers à vivre dans des conditions matérielles difficiles, alors que paradoxalement la santé économique du pays est stupéfiante de vigueur et génère des profits appréciables et des dividendes juteux. L'industrie et le commerce sont à un tel point florissants, qu'ils placent l'Allemagne en tête des nations les plus exportatrices de la planète.

 

Poubelle 2

                     …ce qui fait que le contenu des poubelles*est fouillé par de nombreux pauvres.  

                                                             (Photo : Sirius)

 

Avec une population de 16 fois inférieure à celle de la Chine, le pays exporte quasiment autant que l'Empire du milieu et produit à lui seul le tiers des biens de consommation vendus au sein de l'Union européenne. Seulement voilà, ces résultats grandioses sont le fruit d'une politique menée à coups de sabrage social et de dumping salarial.

 

Pour autant insolente qu'elle soit, cette prospérité économique n'a pu être obtenue que grâce à un quasi blocage des salaires, mesure qui a par ailleurs souvent été conjuguée à une augmentation des heures travaillées non rémunérées "proposées" parfois sous la forme de chantage au maintien dans l'emploi.

 

Ce phénomène a considérablement creusé la disparité des revenus entre les salariés d'une part, les possédants et donneurs d'ordres de l'autre. Les inégalités sont aujourd'hui telles, que la majorité de la population s'appauvrit inexorablement, entraînant dans son déclin une fraction toujours plus large de la "Mittelschicht" (classe moyenne) qui fut le symbole de la progression de l'égalitarisme, mais également un des vecteurs du "miracle économique allemand" des années 60.

 

La paupérisation des masses réduit donc la consommation interne du pays, ce qui implique que l'économie allemande doit avant tout exporter si elle veut produire. Ce choix économique délibéré n'est bien entendu pas sans risques, puisqu'il pourrait un jour prochain avoir des effets destructeurs massifs sur l'empoi si la demande européenne venait globalement à se rétracter, ou des pays gros demandeurs comme la Chine parvenaient à devenir autosuffisants.

 

Voici quelques tableaux qui montrent l'actuelle dégradation sociale du pays :

 

Chômeurs, familles monoparentales et célibataires constituent les principaux bataillons des 15,6 % de la population hantée par la pauvreté.

 

Von-Armut-bedroht-copie-2.jpg

 

Le rapport entre le niveau moyen des retraites et le salaire moyen perçu en fin de carrière est au plus bas taux de l'ensemble des pays de l'OCDE.

 

Rentenniveau

 

Le pourcentage d'enfants de moins de 15 ans qui vivent dans des foyers disposant de moins de 50% du revenu national médian place l'Allemagne dans le tiers le plus défavorisé des pays de l'OCDE.

 

Armut Kinder-copie-1
 

Le pourcentage de pauvreté (moins de 60% du revenu national médian) atteint dans les grandes villes des niveaux jusqu'alors uniquement égalés lors de la grande récession économique des années 30.

 

Armut in den Städten
 

Ces statistiques permettent de mieux se rendre compte que l'Allemagne, prise au collet du monde de la finance et du néo-protectionisme de son gouvernement conservateur, semble avant tout avoir clairement choisi de préserver son rang de grande nation industrielle au sein de la communauté internationale en prenant des mesures axées, entre-autres, sur le dumping social et salarial.

 

Ce contexte socio-politique ne pouvant favoriser une réorientation européenne en matière de justice sociale et d'équité économique, il faut donc s'attendre à ce que les fondements institutionnels de l'UE soient chahutés et finissent même par voler en éclats si l'Humain ne devait retrouver une place au centre de nos enjeux continentaux.


* Essentiellement à la recherche de bouteilles consignées dont les prix oscillent entre 8 et 20 centimes d'euro.

 

 

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