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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 15:56
P1040503                                                                                     Photo : Sirius
                 Les caillebotis des rues réaménagées de la plage sont-ils issus d'abattages sauvages ?         
     

         L'ABATTAGE SAUVAGE DES BOIS EXOTIQUES CONTINUE


Nous rapportions dans un précédent article¹ que du bois tropical avait été utilisé  sous forme de caillebotis disposés autour des arbres plantés sur les trottoirs lors du réaménagement de plusieurs rues du Quartier de la Plage d'Hendaye. Nous faisions alors remarquer qu'il aurait été préférable d'utiliser des essences aux caractéristiques similaires, telle celle du Robinier exploitée dans les Landes, afin de mener à bien ce projet. L'utilisation du Robinier aurait en effet non seulement évité le transport de ce bois depuis des contrées situées à l'autre bout du globe, mais aurait également  apporté la certitude que le bois ici utilisé ne provenait pas de forêts  trop souvent encore décimées par des abattages sauvages.


Consciente de la légitimité de cette interrogation,  la Mairie d'Hendaye nous a, entre-temps, fait savoir que le bois utilisé pour la réalisation des caillebotis avait été " fourni par le Groupe DLH engagé dans une politique responsable forestière ", ce qui signifie qu'il devrait exclusivement être issu d'exploitations labellisées FSC ².

Cette dernière précision ne clôt pas pour autant le débat engagé autour de l'utilisation communale de caillebotis confectionnés avec des bois tropicaux, si l'on se réfère au reportage ci-après, paru dans le quotidien suisse La Liberté en date du 15 juin 2009.

(¹) Voir l'article "L'Utilisation communale des bois tropicaux" dans notre rubrique "Urbanisme". 

(²) Label FSC = Forest Stewardship Council ( Conseil de Bonne Gestion Forestière )


 


P1020197                                                               Photo : La Liberté


                      Brésil : trafic illégal de bois pour le marché européen ?


La découverte fait frémir : 100.000 m3 d’arbres exotiques abattus illégalement dans l'État du Para au nord du Brésil, puis commercialisés grâce à de faux certificats de provenance. L’équivalent de 4.000 camions ! Le scandale touche une trentaine d’entreprises dont 20 firmes internationales spécialisées dans l’exportation du bois précieux partout dans le monde. Plusieurs d’entre elles sont françaises, anglaises ou danoises. A ce stade de l’enquête, il est impossible de savoir si ces entreprises sont victimes ou complices de cette vaste contrebande.

Enquête : Jean-Jacques Fontaine, Rio de Janeiro.

En d’autres circonstances, le document pourrait faire sourire… Il concerne un chargement de 40 tonnes de planches transportées par un véhicule dont l’immatriculation correspond à… une moto ! Autre exemple, ce camion chargé de grumes qui aurait parcouru la distance entre Novo Progresso et la ville de Bélem, 1250km, en… 20 minutes ! C’est la police fédérale brésilienne qui a découvert le pot aux roses en mettant à jour un vaste réseau de corruption installé au sein même du Secrétariat à l'Environnement de l'Etat du Para.

Des fonctionnaires ont délivrés contre rémunération des faux certificats d’origine destinés à « blanchir » des lots coupés illégalement, afin de les commercialiser très officiellement. La fraude porterait sur l’équivalent de 50.000 troncs, pour un montant de plus de 18 millions de francs suisses. « 70% des espèces rares vendues à partir de l’Etat amazonien du Para proviennent de coupes clandestines faites dans les territoires indigènes ou sur des réserves forestières protégées » affirme Paula Bello, de  l'Instituto Observatorio Social, une organisation proche des milieux syndicaux.

Après 9 mois d’enquête, Paula Bello et ses collègues sont arrivés à la conclusion qu’une grande partie des multinationales du bois qui sont a pied d’œuvre sur le port de Bélem ferment les yeux sur ce trafic. Et ils pointent du doigt 20 firmes internationales, américaines, canadiennes, australiennes, chinoises… et 2 européennes : DLH-Nordisk  au Danemark et Kingfisher en Angleterre.


Des enseignes françaises dans le collimateur

Kingfisher possède les enseignes Castorama et Brico-Dépôt en France et détient 20% des parts de l’entreprise allemande Hornbach, implantée aussi en Suisse. Hornbach-Suisse semble hors de cause, sa directrice du marketing Marianne Limacher affirme que l’entreprise ne vend que du bois possédant le label de conformité environnementale FSC : « Nous ne vendons pas de bois en provenance du Brésil qui vienne de chez Kingfisher ».

D’après le représentant pour le pôle forêt du WWF au Brésil, Estevao de Prado Braga. Kingfisher fait partie du programme « Global Forest Trade Network » du WWF destiné à aider les entreprises à lutter contre le déboisement sauvage. « Mais Kingfisher n’a pas d’antenne au Brésil. La firme s’approvisionne donc auprès de fournisseurs dont nous ne pouvons pas garantir la fiabilité dans le cadre du programme Global Forest Trade Network ».

Castorama précisera par l’intermédiaire de son directeur du Marketing de l’Offre et Développement Durable Geoffroy Lavielle que seul 1% de son assortiment de bois vient du Brésil. 2/3 de ce stock porte la certification FSC et qu’elle n’est pas directement citée par l’enquête de l’Instituto Observatorio Social.

Cette dernière parle en effet de la Pampa Exportaçoes (Pampex) un des fournisseurs de Brico-Dépôt et de DLH-Nordisk, qu’elle accuse de s’approvisionner auprès d’intermédiaires comme Madeball, unefirme ayant accumulé plus de 1,3 millions de francs d’amende pour commerce illégal de bois depuis 2006 ou Rio Pardo qui ne possède pas de licence légale pour commercialiser du bois.

Chez DLH-Nordisk-France, qui a racheté la firme Indubois, installée à Sète, dans le sud de la France, le directeur Sébastien Monvois, marque le coup : « le bois qui nous arrive du Brésil porte rarement le label international FSC contrairement aux livraisons en provenance d’Afrique, c’est vrai. On ne peut donc pas exclure que de la marchandise illégale se glisse dans nos commandes. »

Pour plus de précisions, Sébastien Monvois me propose de contacter le représentant de DLH-Nordisk au Brésil, Frank Daniel Crépi. Atteint par téléphone à Bélem, le principal port d’exportation du bois, à l’embouchure de l’Amazone, Frank Crépi explique que DLH est très attentive aux problèmes d’abattage sauvage et qu’elle connaît ses fournisseurs. « Mais on ne peut pas toujours contrôler tout ce que font les sous-traitants. Je ne garantis donc pas à 100% que dans le lot de ce que nous exportons, il n’y ait pas de la marchandise illégale. »

C’est maintenant le juge d’instruction Daniel Cezar Avelino qui mène l’enquête à Bélem. Il cherche à établir si les firmes multinationales impliquées dans ce trafic sont victimes ou complices. Jusqu’à présent, ni DLH-Nordisk ni Kingfisher n’ont été citées à comparaitre. Mais Daniel Cezar Avelino dit n’être encore qu’au tout début de ses investigations.


Comment fonctionne le « blanchiment » des attestations de provenance des bois exotiques?

Une entreprise qui veut couper un arbre tropical au Brésil doit obtenir un « crédit-bois » qui lui est accordé si les conditions légales et écologiques sont remplies (zone de coupe autorisée,  compensation par du reboisement, etc…). Ce certificat de conformité accompagne ensuite la pièce abattue jusqu’à sa destination finale, le magasin qui va vendre les planches, n’importe où dans le monde.

Mais chaque État applique ses propres procédures pour délivrer ce « crédit-bois ». Les trafiquants ont donc beau jeu de profiter des trous dans la législation pour faire transiter de la marchandise illégale vers un État moins regardant où ils peuvent obtenir un certificat de complaisance. C’est ainsi que l’État du Para est devenu le principal acheteur de bois sur le marché brésilien, après la métropole Sao Paulo, une anomalie flagrante quand on sait que le Para, 2 fois grand comme la France, mais peuplé seulement de 7 millions d’habitants est tout entier recouvert par la forêt amazonienne !

Une fois ce « crédit-bois » dûment légalisé, la marchandise peut très officiellement quitter le pays, les douanes brésiliennes ne réclamant que ce certificat aux entreprises exportatrices.


Certificat d’origine et label FSC

Le FSC,  Le Forest Stewardship Council délivre un label de garantie mondialement reconnu pour des bois qui ne proviennent pas d’exploitations sauvages, mais contribue à promouvoir une économie forestière respectueuse de l’environnement. « C’est notre siège central à Bonn qui délivre ce label sur la base de contrôles effectués par des sociétés de certification comme la SGS », explique Philippe Coffin, directeur de l’antenne française du FSC. « Pour nous, l’attestation d’origine n’est pas une preuve suffisante ».

A Bonn, justement, le directeur du département certification Andreia de Freitas confirme que le FSC est en train de mettre sur pied un nouveau programme pour éviter l’usage abusif du label par certains commerces ou entreprises. « Des affirmations comme quoi tout un magasin est labellisé FSC sont fausses. Seuls les produits qui ont reçu spécifiquement ce certificat y ont droit. Pas le reste du stock. »

Et si le certificat FSC se révèle faux ? « C’est déjà arrivé il y a 2 ans en Pologne, explique Miklos Ismail, représentant du FSC en Suisse. La SGS avait délivré une certification qui s’est révélée douteuse par la suite. Nous avons sanctionné la SGS qui n’a plus pu travailler pour nous en Pologne pendant 2 ans ».

Miklos Ismail reconnaît que ce genre de mésaventure est très dommageable pour le label FSC. « Notre crédibilité est basée sur la confiance qu’on nous accorde. Si la fraude brésilienne devait concerner des bois labellisés FSC, cela ferait beaucoup de dégâts. Heureusement, il ne semble pas que ce soit le cas jusqu’à présent. »   

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