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PRÉCARITÉ ET INÊGALITÉS EN EUROPE
Symbole de la toute puissante économie allemande et des travers concurrentiels qui mènent l'Europe au chaos.
Photo : Sirius
L’Europe s'enfonce dans les inégalités et la précarité d'un nombre toujours plus important d'individus du fait de l'emprise de la doctrine néo-libérale dite de "la concurrence libre et non faussée" sur le monde du travail. L'Allemagne est au tout premier rang des pays concernés par ce problème. Il n'est pas besoin d'être devin pour estimer que la voie ici empruntée va nous mener vers un chaos socio-économique insurmontable si rien n'est entrepris pour contrer cette dérive.
Souvenons-nous de l'intervention de l'influent et très conservateur quotidien allemand "DIE WELT" qui, dans son édition du 16 juillet 2012(1), s'en prenait au nouveau gouvernement français au sujet de son plan de redressement de notre industrie automobile dans les termes suivants : "Dans un peu plus d'une semaine le gouvernement socialiste veut présenter un plan pour l'industrie automobile. Les subventions prévues doivent, entend-on dire, si possible ne pouvoir profiter qu'aux constructeurs français et venir, en contre partie, plus lourdement imposer les véhicules de luxe. Ceci affecte particulièrement les constructeurs allemands. Le tout devrait être présenté sous le couvert d'une mesure écologique, censée favoriser la vente des modèles hybrides français sur le marché. L'interaction entre l'économie étatisée, le protectionnisme, les augmentations d'impôts et l'octroi de subventions aux produits non-commercialisables, s'apparente ainsi à une caricature socialiste de gouvernance économique."
Ce que ce journal proche des milieux économiques d'outre-Rhin oublie de nous expliquer, c'est que ces reproches pourraient lui être retournés puisque des pans entiers de l'économie allemande - et plus particulièrement l'industrie automobile et ses fournisseurs - bénéficient depuis déjà des années d'aides publiques indirectes alors qu'il s'agit ici d'un secteur d'activité en excellente santé. Ces avantages substantiels accordés aux constructeurs allemands expliquent en partie pourquoi ils parviennent à inonder la planète de leurs automobiles.
Pour mieux se rendre compte que la notion de "concurrence libre et non faussée" tant vantée par l'OMS et Bruxelles n'est en réalité qu'une simple vue de l'esprit, il suffit de se remémorer le cadeau fiscal de 1,5 milliards d'euros concédé aux constructeurs allemands par les autorités fiscales de ce pays lors de la cession du constructeur Porsche à Volkswagen au printemps dernier(2), ou encore de ne pas perdre de vue que Volkswagen est depuis des années au coeur d'un conflit judiciaire avec la Commission européenne pour avoir bénéficié dans le passé d'une manne financière du Land de Basse Saxe et d'un montage actionarial inique(3) qui lui évita de passer sous contrôle de capitaux étrangers.
On ne s'étonnera donc plus de constater que les constructeurs automobiles allemands parviennent à si aisément écraser toute concurrence et générer des profits fabuleux. Au 1er semestre 2012, les marges bénéficiaires brutes réalisées sur le prix moyen de chaque véhicule vendu par les grands constructeurs actifs en Europe étaient les suivantes :
Marges bénéficiaires brutes moyennes (en euros, hors impôts et éventuels agios de remboursements de dettes) réalisées sur la vente de chaque véhicule produit. La liste ci-dessus contient l'abréviation : VW PKW = VW véhicules particuliers.
Source : Université Duisburg-Essen
La Rédaction d' HENDAYENVIRONNEMENT.
Les chiffres ci-dessus qui parlent d'eux-mêmes s'expliquent encore mieux par des facteurs de distorsion de compétitivité peu avouables, ainsi que le rapporte le quotidien de centre-gauche "FRANKFURTER RUNDSCHAU" dans son édition du 29 mars 2012 :
TRAVAIL TEMPORAIRE CHEZ BMW :
"Se taire et travailler"
Par Thomas Magenheim-Hörmann
Traduction : Sirius
Munich
Celui qui questionne BMW(4) dans son usine de Leipzig afin de savoir combien de travailleurs sont employés en ce lieu obtient une réponse officielle : 2 700. Jens Köhler parvient quant à lui à plus du double. "Nous avons dans cette usine environ 6 000 employés", nous dit le président du comité d'entreprise. La différence résulte dans le statut des travailleurs, BMW se contentant de ne comptabiliser que le personnel permanent.
À l'effectif officiel s'ajoutent donc 1 100 intérimaires et 2 200 travailleurs en possession de contrats temporaires d'entreprise, dont un tiers de ces derniers sont en fait employés par des sociétés d’intérim. Cette situation entre personnel engagé à titre permanent et employés de classe inférieure n'est pas uniquement une problématique spécifique à Leipzig où cela est particulièrement accentué, regrette Köhler.
Cette évolution des statuts sur l'ensemble du territoire fédéral a offert à Detlef Wetzel, vice-président sur Francfort du syndicat de la métallurgie IG Mettal, l'occasion de présenter un "Livre noir sur le travail intérimaire". Environ un million d'individus travaillent aujourd'hui en Allemagne sous cette forme précaire reconnaît-il, ce qui corrobore dans les faits une récente étude menée par la Fondation Bertelsmann.
Ils sont ainsi trois fois plus qu'en 2004, gagnent non seulement en moyenne 40 pour cent de moins que ceux travaillant dans la même usine avec des CDI, mais bénéficient de moins de droits et sont de surcroît les premiers à être licenciés. "Le travail d'intérim est l'exemple visible de la déshumanisation de la morale sur le marché du travail", estime Wetzel. "On réduit de cette manière le travail au niveau d'un bien périssable, et l'on assujettit les humains à de simples facteurs de coûts. Cela doit à nouveau changer ! "
Le travail intérimaire est un phénomène propre aux grandes entreprises, explique le sociologue Hajo Holst. Chaque société de plus de 250 employés engage aujourd'hui des intérimaires. Dans la moitié de ces dernières le travail en intérim représente un bon cinquième des effectifs. Le travail intérimaire est également un phénomène de branche d'activité dans lequel l'industrie automobile tient une place centrale.
16 pour cent des travailleurs sont intérimaires
BMW est en ce sens représentatif. En marge de ses 70 000 salariés fixes, ce constructeur de véhicules haut de gamme emploie 11 000 intérimaires, le comité central d'entreprise ne sachant pas même combien d'ouvriers disposent en fait de contrats propres à l'entreprise. "Nous n'avons, en tant que comité d'entreprise, aucune sorte d'influence sur la répartition des contrats propres à la société", clarifie Jens Köhler. Il connaît uniquement les chiffres concernant Leipzig. BMW parvient, dans l'ensemble du groupe, à un quota de 16 pour cent de travailleurs intérimaires.
Ce dernier chiffre est loin d'être dérisoire par rapport à la concurrence qui bénéficie d'une semblable image de marque à BMW. Audi s'est engagé à respecter un quota maximum de 5, Mercedes de 8 pour cent d'intérimaires. Les travailleurs de BMW bénéficient néanmoins de conditions financières relativement correctes. Ils perçoivent un salaire socle conventionné, et parviennent par le biais du cumul de petites primes à ne perdre qu'environ un quart des revenus annuels habituels dans la société, calcule Jens Köhler.
Les travailleurs intérimaires ont en moyenne une ancienneté de 3 à 4 années dans l'usine de Leipzig. "Nous avons aussi des travailleurs qui sont ainsi employés depuis 8 années", nous confie encore Köhler. BMW se situe ainsi dans la tendance générale. Le travail intérimaire est désormais considéré comme facteur stratégique, et non plus comme un recours à la couverture de pointes de production comme cela était antérieurement le cas, dit Hajo Holst.
Les agences du Pôle emploi sont tenues de compléter les mini-salaires
Les salaires des intérimaires sont souvent tellement bas(5) que la Bundesagentur (Pôle emploi) doit verser aux salariés à plein temps un complément de revenu pour les aider à parvenir à un minimum existentiel (6). Le professeur Gerhard Bosch de l'Institut pour le travail et la qualification de l'université de Duisburg-Essen a calculé que cette forme de soutien coûtait annuellement un demi-milliard d'euros aux caisses de la Bundesagentur. Ceci correspond en fait à un abaissement permanent des coûts pour les sociétés.
Le syndicat de la métallurgie IG Mettal a questionné des intérimaires. Ils se considèrent comme des "esclaves modernes", des "citrons pressés" réduits à devoir accepter une "perpétuelle période d'essai". "Je n'ai aucune perspective devant moi, je dois rester bouche cousue et ne peut exprimer quoique ce soit si je tiens à ne pas être remplacée" avoue une femme de 34 ans.
Un autre est intérimaire là où, précédemment, il était en situation de CDI. "Vous ne pouvez savoir à quel point cela peut faire mal lorsque l'on se souvient de ce que l'on a gagné dans le passé dans la même entreprise, et que l'on doit comme je le fais maintenant depuis déjà plus de 18 mois accomplir un travail pour lequel j'ai maintenant environ moitié moins de salaire."
Le comité central d'entreprise de BMW négocie cependant un nouvel accord d'entreprise sur la flexibilité du temps de travail et dans lequel les emplois temporaires seront également inclus, nous confie Jens Köhler. Son but: préparer la crise à venir.
1 Lire à ce sujet notre article "Remous franco-allemands" sous la rubrique "Société & Solidarité"*
2 Lire aussi notre article "Rébellion anti-libérale en Europe" sous la rubrique "Société & Solidarité".
Nota: Le groupe VOLKSWAGEN détient également les marques suivantes : AUDI, BENTLEY, BUGATTI, DUCATI,
LAMBORGHINI, MAN, SCANIA, SEAT, ŠKODA et PORSCHE.
3 Voir à ce sujet : http://www.usinenouvelle.com/article/volkswagen-au-c-ur-d-une-procedure-judiciaire-entre-bruxelles-et-l-allemagne.N163664
4 Le goupe BMW détient aussi les marques suivantes : MINI, ROLLS-ROYCE Motor Car.
5 Voir également notre article "L' Allemagne s'enfonce dans les inégalités" sous notre rubrique "Société & Solidarité".
6 L'Allemagne n'a pas de SMIC. Le salaire moyen brut est actuellement de 15,54 euros/heure. On considère que les salariès gagnant moins des 2/3 de ce montant sont sous-payés. Ceci est le cas de 67,7% de ceux qui travaillent dans l'intérimaire quelle que soit la branche d'activité. Des millions d'autres emplois fixes qui relèvent du secteur des "services" sont également à classer dans ce cas.
Nota : Les annotations ci-dessus sont de la rédaction d' HENDAYENVIRONNEMENT.