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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 21:27

         APPEL À TÉMOINS ... voir la rubrique "HISTOIRE LOCALE".

 

Pasajes

                                             Voilà ce à quoi ressemblerait ce monstrueux port extérieur

 

Un rapport environnemental et géologique accablant vient d'être établi par le commissaire enquêteur nommé par le tribunal administratif de Pau dans le cadre de l'enquête publique transfrontalière relative au projet de construction d'un port extérieur industriel et pétrolier à Pasaia/Pasajes.

 

Il est à noter que cette enquête publique a permis de recueillir les dépositions de 599 personnes et institutions unanimement défavorables à ce projet.


 

                                                   Lire le rapport complet du commissaire enquêteur :        

         http://www.pyrenees-atlantiques.pref.gouv.fr/content/download/4831/29871/file/Port%20de%20Pasajes.pdf

    Nota : Ce rapport restera sur le site Internet de la Préfecture des PA pendant une année, soit jusqu'au 26 février 2014.

 

 

Conclusion et avis du commissaire enquêteur (extrait) :

 

3. ELEMENTS DU BILAN :

Remarque préalable : l’enquête publique porte sur les éventuelles répercutions environnementales en France de la construction du nouveau port de Pasajes. Mais il me semble difficile de faire abstraction de l’utilité de cette infrastructure même si je n’ai pas à me prononcer formellement dessus car c’est d’elle que découlent les éventuelles atteintes à notre environnement.

 

>Le port de Pasajes par lequel transite une grande quantité de marchandises de l’industrie de Guipuscoa est important pour cette dernière. Son environnement est actuellement très dégradé et il ne correspond plus aux besoins. La nécessité de son réaménagement n’est pas remise en cause.

 

Mais la France (le projet se situe à 8 km de notre territoire dans les eaux maritimes) pouvant être impactée on peut s’interroger sur le choix de l’alternative 3 qui « obtient la pire note dans la réduction des nuisances sur le réseau Natura 2000 et la gestion durable de la cote » (p.36 du résumé non technique).                                         

Les besoins en infrastructure portuaire ont été déterminés sur la base d’un trafic estimé à 17,6 millions de tonnes à l’horizon 2030. Au vu de l’ensemble des pièces du dossier, des informations communiquées en cours d’enquête et de l’examen du contexte cette évaluation ne me parait pas réaliste.

Historiquement le trafic maximal du port a été de 6 millions de tonnes en 2003 (p. 4 du résumé non technique) il est aujourd’hui de 3,1 millions.

Le port de Bilbao qui est à moins de 50 km pourrait accueillir 12 millions de tonnes supplémentaires et celui de Bayonne dispose également de capacités.

Il ressort de l’examen du dossier que la coopération avec le port de Bilbao n’a pas sérieusement été étudiée.

Il est difficile de se déterminer sur le projet en raison des interrogations qui subsistent sur :

 

Les besoins réels en infrastructure portuaire de cette façade atlantique

 

La sincérité de l’évaluation du cout des travaux et du montage financier

 

De sa viabilité compte tenu de la crise économique actuelle.

 

L’étude véritable d’alternatives et sur l’évaluation comparée de leurs effets (suivant les critères retenus et le poids qui leur est attribué la solution retenue peut-être différente).

 

En tout état de cause l’alternative 3 retenue, construction d’un nouveau port, aurait certes des effets très positifs en terme de trafic portuaire puisqu’un des handicaps majeurs du port actuel est l’étroitesse de son chenal d’accès mais elle est également la plus pénalisante pour le réseau Natura 2000 et la gestion durable de la cote.

 

Les atteintes terrestres principales du nouveau port et de ses voies d’accès concernent le mont Jaizkibel, site Natura 2000 remarquable qui recèle également une richesse géologique et paléontologique internationale. Dans le dossier les données sur ce dernier point sont très insuffisantes.

 

Le fait que ce site soit en Espagne et non en France ne nous interdit pas de relever les atteintes qu’il subira compte tenu de son intérêt extra national et de sa proximité avec la France.  

 

Les effets sur les habitats et espèces d’intérêt communautaire du Jaizkibel sont jugés dans le dossier (conclusions p. 139 de l’annexe 1 « étude d’évaluation des effets du PDIPPP sur Natura 2000 » du tome III) comme élevés et pourraient nuire aux objectifs de conservation de ce site.

Dans l’annexe 1 du tome III du dossier, les fiches relatives aux sites Natura 2000 français sont retranscrites mais sans aucune analyse particulière. Il est simplement indiqué à la page 111 que les espaces terrestres ne seront pas affectés directement car le périmètre du port ne coïncide pas avec ces espaces et que compte tenu de la distance il n’y aura pas d’effet indirect significatif sur les objectifs de conservation terrestre de ces espaces.

Cela me semble être une analyse trop succincte. Par exemple quels seront les effets sur les importantes colonies d’oiseaux marins et quelles seront les éventuelles conséquences pour les sites français.

De même aucun suivi n’est prévu pour les oiseaux migrateurs qui passent en masse à Hondarabia et qui seront fortement perturbés.

 

Comme n’importe quel chantier maritime le nouveau port modifiera la mécanique littorale, courants et transports de sédiments. Il est affirmé en conclusion du dossier transfrontalier que la France ne sera pas affectée.

 

Or dans ce même dossier (p.17) il est indiqué qu’en cas de tempête il y aura dispersion jusqu’à 10 km, or notre territoire maritime est à 8 km.

La baie de Txingudi sera vraisemblablement touchée et il sera nécessaire de la draguer pour maintenir l’activité nautique.

 

> Les travaux du nouveau port vont durer une dizaine d’année et nécessiter le dragage de plus de 16 millions de m3. Turbidité des eaux.

 

Ces matériaux fins, présentant de grandes surfaces spécifiques et donc des possibilités d’absorption importantes, sont susceptibles d’être les éléments vecteurs d’une propagation de contaminants chimiques. De plus, leur sédimentation dans des herbiers, dans des zones remarquables, ou dans des zones comprenant des matériaux grossiers peut engendrer des colmatages, voir des envasements qui vont avoir des impacts forts et rapides sur les échanges gazeux et donc sur la qualité des milieux. (Les atteintes à la faune benthique et à la ressource halieutique sont examinées plus avant.)

Pour y remédier il est prévu la mise en place d’écrans anti turbidité (géotextile).

Ces écrans sont efficaces en eaux calmes et peu profondes.

Les retours d’expérience montrent que leur efficacité est réduite quand la hauteur d’eau dépasse 6 m et que les courants sont supérieurs à 0,50m/s. A des profondeurs supérieures, les charges et les pressions sur les écrans deviennent incontrôlables : déchirement, « mise en drapeau ».

Les travaux intervenant dans un secteur exposé aux vents forts, à l’action des vagues et des marées on peu s’interroger sur leur efficacité.


La qualité des eaux peut également être affectée par le rejet d’hydrocarbures. Il est conclu dans le dossier que la France ne sera pas concernée. 

 

D’une lecture plus attentive il ressort qu’il n’en est rien.

Il est indiqué (p.19 du dossier transfrontalier) que le gasoil ne sera pas rejeté au delà de 12,4 km dans des conditions moyennes de vent, de houle et de courants. Je rappelle que notre territoire maritime est à 8 km.

Qu’advient-il en dehors des conditions moyennes ? Le naufrage du Prestige avec ses conséquences dramatiques pour l’environnement et l’économie est encore dans toutes les mémoires.

Le plan d’urgence en cas d’accident n’est pas détaillé (donc difficile de juger son efficacité) et il devrait être conçu à l’échelle transfrontalière.

 

Les atteintes à la faune pélagique sont qualifiées (p. 30 résumé non technique) de modérées pendant les travaux et de sévères en période d’exploitation du port. La France est concernée.

 

Je pense que les atteintes seront plus importantes qu’annoncées et les mesures compensatoires proposées me paraissent insuffisantes.

Je m’interroge sur la compatibilité de ce nouveau port avec le projet de corridor écologique marin prévu entre Donastia et Biarritz qu’il empiètera en partie. Ce corridor qui sera inclus dans Natura 2000 s’inscrit dans un projet plus large ayant pour objectif de créer de nouvelles aires marines protégées.

 

Les atteintes à la ressource halieutique dépendant de la qualité des eaux, je pense qu’elles ont également été sous évaluées.

 

Les impacts sur l’économie française n’ont pas été pris en compte dans le dossier. Or le sport de glisse génère sur la cote 3 500 emplois directs et un chiffre d’affaire de 1,1 milliards d’euros (2005).

 

La détérioration de la qualité des eaux et de l’image de la région portera une atteinte directe à cette économie et au tourisme.

 

Enfin la Directive cadre sur le milieu marin (2008/56/CE du 17 juin 2008) a pour objectif de réaliser ou de maintenir un bon état écologique du milieu marin au plus tard en 2020.

 

Le PDIPP n’a pas suffisamment intégré ces préoccupations.  

 

4. AVIS DU COMMISSAIRE ENQUETEUR :

 

Pour l’ensemble de ces motifs et des répercutions potentielles sur la France que le contenu du dossier soumis à l’enquête ne permettent pas de lever, j’émets un avis défavorable sur la viabilité environnementale du Plan Directeur d’Infrastructure du Port de Pasajes.

 

Fait à Denguin le 20 février 2013

 

Maité Arrieta

 

 

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